Des mers bleues à la terre brûlée du Kosovo : entretien avec Jean-Pierre, bénévole de SK

Si les bénévoles de Solidarité Kosovo étaient une armée, Jean-Pierre en serait le Colonel. Un rang qui irait comme un gant à cet ancien sous-officier dans la marine de guerre. Durant des années, Jean-Pierre a sillonné les mers du globe d’un théâtre de conflit à un autre avant de se « mettre au vert » en Midi-Pyrénées. C’est dans cet écrin boisé du sud de la France qu’il a décidé de jeter l’encre et de donner un nouveau départ à sa vie professionnelle. Il est désormais technicien dans l’administration forestière de profession et bénévole à Solidarité Kosovo de cœur.
« Passionné, dévoué, efficace et altruiste… c’est une perle ! » c’est ainsi que ses collègues de l’association aiment le qualifier ne tarissant pas d’éloges à son égard. 

Solidarité Kosovo vous invite à découvrir dans une interview le portrait d’une pierre précieuse qui compose le pilier des bénévoles sur lequel repose une partie du travail et du succès de l’ONG. 



Solidarité Kosovo – Depuis quand, Jean-Pierre, êtes-vous bénévole à Solidarité Kosovo ? Pourquoi avez-vous souhaité le devenir ? Quel a été votre parcours dans l’équipe ?

Je suis bénévole depuis février 2012. Tout à commencé par un livre « le roman de Belgrade » de Jean-Christophe Buisson. Je l’ai lu durant l’été 2011 dans l’intention d’acquérir quelques connaissances sur la Serbie. L’ouvrage m’a soudain rappelé cette terrible guerre dite de l’ex-Yougoslavie et les faits qui m’avaient le plus affectés à l’époque: la position de notre pays et le sort des Serbes du Kosovo. Je me suis alors posé une question précise : « Existe-t-il des actions de solidarité envers les Serbes du Kosovo ? ». J’ai donc interrogé internet en tapant deux mots : solidarité kosovo. Inutile de vous dire que je n’ai pas eu à pousser mes recherches plus loin. Après avoir parcouru le site dans tous ses recoins, j’ai eu envie d’agir.

Ce morceau d’histoire européenne m’en a toujours rappelé un autre : l’occupation du nord de Chypre par l’armée turque en 1974. Qui aujourd’hui, en France, sait que ce pays, ayant pourtant rejoint l’Union Européenne dans son intégralité, ne peut exercer son autorité sur une partie de son territoire confisqué depuis 40 ans par l’armée d’un pays étranger à l’union ? Peu de monde, je pense. Parce que les français sont fâchés avec l’histoire, mais aussi et surtout parce que les médias n’en parlent jamais. Les mêmes causent produisant toujours les mêmes effets, ne pas parler du Kosovo, ce qui est déjà le cas, le fera lentement sortir de la mémoire collective. Les Serbes du Kosovo tomberaient alors dans l’oubli tout comme le nord de Chypre. J’ai compris que Solidarité Kosovo détenait la force pour infléchir le court des choses.

Ensuite, tout est allé très vite. Je me suis rendu à la soirée organisée par l’association le 12 novembre 2011 à Lyon. J’y ai rencontré la jeune 
présidente de l’époque et un membre fondateur auxquels j’ai fait part de mon souhait de m’engager à leurs côtés. En février 2012, j’étais contacté par Arnaud Gouillon le Directeur avec qui nous avons défini le cadre de mon intervention. A partir de cet instant, j’étais opérationnel.
 

Solidarité Kosovo – Vous êtes actuellement chargé du « mécénat ». En quoi consiste cette mission ?

Il s’agit de contacter les directeurs marketing et les personnes en charge de la communication des entreprises afin de solliciter des dons en nature. L’association est principalement demandeuse de fournitures scolaires, vêtements, nourriture et jouets. J’utilise beaucoup internet pour mener mes recherches et pour présenter Solidarité Kosovo, mais aussi le courrier classique. Au fil du temps, je constitue une base de données, véritable mémoire de la « mission mécénat » où chaque compte rendu d’appel est consigné. L’objectif est de constituer un réseau d’entreprises fidélisées pour chacun des besoins. Parfois, les réseaux se brisent puis se refont. C’est un éternel recommencement. Je peux rester 10 mois sans recevoir une seule offre. Il faut être tenace. Nous, nous n’avons pas droit au désespoir !
 

Solidarité Kosovo – Pouvez-vous nous parler, Jean-Pierre, des familles serbes que vous avez eu l’occasion de rencontrer au Kosovo-Métochie ?

Je ne peux que confirmer tout ce qui a été dit dans les communiqués et présenté sur les photos et vidéos. J’ai été frappé par le grand dénuement dans lequel vivent certaines familles. Dans les enclaves sud, on peut dire que ces familles sont en état de survie. Auparavant, je n’avais vu cela qu’au cinéma. A chaque visite, j’ai ressenti une envie partagée de communiquer. On se sent vraiment au contact d’un peuple frère.

Solidarité Kosovo – Quel est votre meilleur souvenir de bénévole ? Et, si vous voulez, votre pire souvenir ?

Le meilleur souvenir : ma première arrivée au monastère de Visoki Decani. C’était le soir, une grande forêt de conifères s’étend non loin de l’entrée. Après avoir franchi le poste de contrôle et le portail, la basilique nous est apparue, bijou de pierres semi-précieuses posées sur l’écrin vert d’une pelouse bordée çà et là de bandes de neige. Le temps semblait s’arrêter.
Le pire souvenir : l’équipe faisait relâche à Gracanica entre deux chargements et nous avons perdu l’un des nôtres. Après une heure de recherches intensives, nous l’avons enfin retrouvé. Il s’agissait d’un simple malentendu à propos du lieu de rendez-vous. Nous avons eu très peur pour lui !

Solidarité Kosovo – En guise de rétrospective de l’année 2014, quels sont les missions humanitaires qui vous ont le plus marquées ?

C’est bien sûr ma première mission qui m’a le plus marqué. Dans le petit village de Banja, nous nous affairions à une distribution. Chaque bénévole avait en charge une gamme de tailles de vêtements. Soudain Arnaud annonce : « un bébé de 1 an ! ». Je fouille dans mon carton. En me redressant, mes yeux se posent sur les pieds de l’enfant. La petite fille était chaussée de simples sandales. Nous étions en hiver, la neige était encore présente au sol. Ses grands yeux bleus me dévisageaient comme si je lui faisais peur. Sa grand-mère a pris les vêtements que je lui tendais, elle semblait tout aussi intimidée que la petite fille. Cette image ne m’a jamais quitté. Pendant la suite du convoi, je n’ai plus ressenti le froid de l’hiver.

Fermer le menu