Actualité des missions
LE CONVOI DE NOËL: DANS LE FROID ET LA JOIE !
03 janvier 2026
Après un voyage sans encombre ni incident au passage du poste administratif, nous sommes huit volontaires à arriver au Kosovo le vendredi 26 décembre. Pour certains d’entre nous, c’est un retour et nous retrouvons vite nos marques, pour d’autres c’est un premier voyage et la découverte d’un territoire à part, marqué par l’histoire récente, par les cicatrices visibles dans la pierre et in visibles dans les cœurs, et d’une dignité inébranlable.
Nous sommes chaleureusement accueillis dans notre logement, et la soirée est consacrée à re prendre des forces. Les corps sont fatigués, mais les esprits déjà tournés vers les jours à venir. Nous savons que le programme sera dense, que chaque journée compte, que chaque rencontre laissera une trace en nous. Le convoi de Noël, ce n’est jamais une simple succession de distributions, c’est une véritable immersion auprès des chrétiens des enclaves.
Dès le lendemain matin, samedi 27 décembre, nous prenons la route de Kamenica, à l’est du Kosovo. Le paysage hivernal défile, austère, ponctué de villages où les maisons serbes se font plus rares, souvent isolées, par fois détruites lors de la guerre ou des pogroms. C’est là que nous remettons de petits troupeaux de chèvres et de moutons à plusieurs familles de ces enclaves chrétiennes.
Du bon lait pour bien grandir
Nous sommes ravis de l’accueil de Sofia, Isidora, Tara et Nikoli na. Quatre petites filles, rieuses et curieuses, qui reçoivent avec beaucoup d’enthousiasme cinq chèvres pour compléter le cheptel familial. Leur père nous explique, non sans fierté, que ses filles boivent le lait de leurs chèvres depuis toutes petites et qu’elles sont en excellente santé. Pour sa famille, ces chèvres re présentent plus qu’un don, elles sont une promesse de santé, de stabilité, d’autonomie alimentaire et un moyen, par l’élevage, d’avoir un complément de revenu.
Un peu plus loin, nous rencontrons Angelina, sept ans, une fillette vive et attentive. Elle apprend l’anglais à l’école et elle tient à discuter avec nous dans cette langue qu’elle pratique rarement en dehors de la classe. Elle attend avec impatience que son petit frère Jovan soit en âge de parler pour lui apprendre à son tour. Ses parents nous racontent comment ils ont dû vendre leur troupeau pour financer une opération chirurgicale afin de sauver l’un de ses yeux. Avec les cinq moutons offerts, ils vont pouvoir reprendre leur activité d’élevage. Là encore, nous mesurons concrètement ce que signifie repartir de zéro, et combien une main tendue peut tout changer.
De l’importance du don de soi
L’après-midi, nous nous rendons dans la région de Novo Brdo pour livrer plusieurs poêles à bois à des familles. Ces appareils, robustes et simples, sont au cœur de la vie quotidienne. Ils servent à chauffer, à cuisiner, à faire bouillir de l’eau, à préparer le pain. Ils sont l’âme de la maison. Nous pouvons en témoigner, leur efficacité est redoutable et, à force de passer du froid glacial de l’extérieur à la chaleur de l’intérieur, nous avons vite la goutte au nez ! Avant de nous quitter, le père Stevo nous rappelle que la chrétienté repose sur le sens du sacrifice, sur le fait de se mettre au service des autres. Il insiste sur la continuité entre ceux qui donnent, ceux qui agissent et ceux qui reçoivent.
Le dimanche 28 décembre est une journée particulière. Des élections législatives ont lieu au Kosovo et, par prudence, les responsables du bureau humanitaire de Gracanica choisissent de ne pas organiser de distributions. Les moutons sont prêts à rejoindre leur nouveau foyer. Pour les familles de Sofia, Isidora, Tara et Nikolina ou d’Angelina , ces dons d’animaux sont une véritable aide à l’autonomie.
Les joyaux de la Métochie
Nous prenons donc la route de la Métochie, vers le patriarcat de Pec, le siège historique de l’Église orthodoxe serbe qui abrite des moniales, puis vers le monastère de Visoki Decani. Cette journée est consacrée à la découverte des plus beaux sites du Kosovo et de leur histoire. La Métochie, la « terre des églises », porte bien son nom. Chaque pierre, chaque monastère, est le témoin d’une histoire longue et trop souvent douloureuse. Nous sommes frappés par le contraste entre la sérénité des lieux saints et l’environnement extérieur, saturé de drapeaux, de monuments et de symboles à la gloire de l’UÇK, la milice terroriste albanaise responsable de tant de morts, de disparitions et de destructions. À Visoki Decani, le père Amphiloque nous explique que si les agressions physiques contre le monastère ont diminué, les attaques administratives et juridiques ont pris le relai. Il ajoute, avec une lucidité désarmante, que les moines ont finalement une vie plus facile que les chrétiens des enclaves, confrontés à l’isolement, à la pauvreté et aux difficultés du quotidien. Ses paroles résonneront longtemps en nous à chaque nouvelle visite.
Distributions dans les écoles
Le lundi 29 décembre, dès l’aube, après avoir gratté le gel sur les parebrises et multiplié les couches de vêtements, nous rejoignons l’entrepôt de Gracanica. Nous devons charger près de cent cinquante cartables remplis de fournitures scolaires dans nos camions. Direction le sud-est de Pristina pour une journée de distributions dans quatre écoles. La première, à Gjilane, ne compte que neuf élèves. Neuf enfants qui ne savent pas comment accepter ces cadeaux tant ils ont peu l’habitude de recevoir. Les sourires sont timides, presque gênés, puis peu à peu la joie prend le dessus. Les cartables sont palpés, ouverts et inspectés, comme pour vérifier qu’ils sont bien réels. Dans la deuxième école, l’enthousiasme est immédiat. Cahiers, trousses, feutres, tout ce qu’il faut pour étudier correctement. Ce qui nous semble normal est pour eux un cadeau exceptionnel. La troisième école nous marque tout particulièrement. La cour de récréation était recouverte de bois de chauffage destiné aux poêles des classes. Les institutrices nous parlent des sanitaires vétustes et insalubres, éloignés des salles de classe, ce qui est un vrai problème en hiver. Marko, bénévole serbe, avec son humour habituel, propose d’installer un toboggan pour rejoindre les toilettes plus vite. Si l’idée a fait sourire, elle n’a étonnamment pas été retenue. La quatrième école nécessite une organisation précise : aligner en file indienne cent vingt-huit enfants dans un joyeux brouhaha de rires et de remerciements : hvala, thank you, merci. Tous repartent avec un cartable et un grand sourire !
La journée s’achève par la distribution de petits troupeaux à des familles défavorisées. Sans notre intervention ferme, les moutons, peu enclins à rester en place, seraient partis visiter la ville. Plus tard, cinq chèvres sont remises à une famille très isolée dans la montagne. Les conditions de vie y sont rudes, la vie en autarcie forcée est un poids permanent, mais le lait de ces chèvres offrira une amélioration concrète du quotidien.
Une grande chaîne de solidarité
Nous avons conscience que rien de ce que nous faisons ne serait possible sans les donateurs. Derrière chaque cartable, chaque poêle à bois, chaque mouton ou chaque machine à laver, il y a un geste effectué en France, parfois discret, mais toujours décisif. Milovan le rappelle aux enfants, aux professeurs, aux familles : « grâce à nos amis français, nous venons vous aider ». Lorsqu’un enfant ouvre son sac avec émerveillement, lorsqu’un parent nous serre la main en nous remerciant sans trouver les mots, nous souhaitons transmettre ces remerciements à ceux qui, en France, rendent ces distributions possibles. Ce convoi est l’aboutissement visible d’un engagement collectif. Ceux qui donnent ne voient pas toujours les visages, n’entendent pas toujours les histoires, mais ils sont présents à chaque instant. Nous sommes simplement les passeurs de cette générosité, les témoins directs de son impact concret dans la vie des Serbes.
Le mardi 30 décembre, nous reprenons la route pour Lipjan. Avant la guerre, une grande école accueillait des enfants serbes et albanais. Après le conflit, les Albanais ont conservé le bâtiment, reléguant les enfants serbes ailleurs, dans des préfabriqués. Aujourd’hui, soixante-dix élèves y étudient. Un spectacle de chant improvisé Ils nous accueillent avec des chants, improvisant un spectacle qui nous touche profondément. Chacun reçoit un sac à dos rempli de fournitures scolaires. Le père Serdjan nous confie qu’il a bapti sé tous ces enfants lorsqu’il était curé de la paroisse, et qu’il est très ému de les voir grandir. À Staro Gracko, les élèves sont beaucoup plus jeunes. Ils reçoivent des jouets en plus des cartables.
Après la distribution, nous rencontrons un ancien professeur qui nous raconte le massacre du 23 juin 1999. Quatorze paysans ont été exécutés par des Albanais après que la protection demandée à la Kfor leur a été refusée. Son récit est bouleversant et il conclut en nous disant combien notre venue compte, combien elle rappelle que ces villages ne sont pas oubliés.
Nous rendons ensuite visite à Pavle, retraité, dont la maison insalubre a été remplacée par une maison neuve encore vide. Nous lui apportons une machine à laver. Il nous confie avec pudeur qu’il avait toujours travaillé sans rien demander, mais qu’aujourd’hui il n’y arrive plus seul. La journée se termine à Dobrotin, au club de danse folklorique, avec un accueil traditionnel de pain et de sel, les costumes offerts par Solidarité Kosovo et des danses exécutées par une trentaine de jeunes filles âgées de cinq à dix-sept ans. Leur précision, leur sérieux, leur fierté nous impressionnent.
Des liens d’amitié entre Français et Serbes
Les journées sont longues, souvent éprouvantes, mais les soirées sont précieuses. Elles sont le moment où la fatigue retombe, où les mots circulent autrement, où les liens se tissent. Autour d’une table, parfois modeste, parfois généreuse, nous retrouvons les volontaires serbes qui travaillent toute l’année sur place. Cette année, Slavko nous invite chez lui pour partager un repas que nous n’oublierons pas. Sur la longue table, un cochon de lait a été préparé pour nous, croustillant, servi avec simplicité et fierté. La barrière de la langue n’est ja mais vraiment un obstacle grâce au chef de convoi qui est aussi in terprète. Quand il est occupé, on parle avec les mains, les regards et deux mots d’anglais. Les discussions passent de la vie quotidienne aux souvenirs de guerre, de l’avenir des enfants aux difficultés administratives, parfois à la politique, souvent à la famille. Puis viennent les chants. Des chants serbes d’abord, profonds, mélancoliques ou joyeux, repris en chœur. Puis des chants français, que nos hôtes écoutent avec curiosité et bienveillance. Ces moments de camaraderie sont essentiels. Ils rappellent que ce convoi n’est pas seulement une succession de visites humanitaires, mais une aventure humaine partagée.
Le mercredi 31 décembre, dernier jour de distribution, nous prenons la direction de Strpce, au sud du Kosovo, près de la frontière macédonienne. Conduire sur les routes de montagne est difficile, mais nous sommes déterminés. Nous rendons d’abord visite à une famille composée d’un père et de ses deux filles atteintes d’un retard de développement. Le poêle à bois offert chauffera rapidement leur petite maison. Plus loin, plusieurs générations vivent sous le même toit. Le réfrigéra teur livré sera indispensable l’été, lorsque le froid naturel ne suffira plus à conserver les aliments. Chez une jeune veuve et ses deux enfants, nous livrons un poêle, des cartables, et partageons quelques passes de football et un café. La vie continue, même dans la douleur. Dans une autre maison, la jeune mère et son bébé sont chez le médecin. Son frère nous accueille et nous guide pour déposer le poêle. Plus loin encore, un poêle est déposé chez les plus proches voisins d’une famille isolée par la neige. Le père nous offre un jus de framboise maison, sa fille choisit quelques jouets tandis que son petit frère se blottit contre sa mère pour se protéger du froid. La dernière famille reçoit un congélateur, passé par la fenêtre faute de porte assez large. Les enfants jouent à la dinette avec une volontaire tandis que le père Serdjan fait des grimaces pour les faire rire. Ainsi s’achève ce convoi de Noël 2025. Nous sommes fatigués, émus, marqués, mais prêts à commencer la nouvelle année transformés. Aucun de nous ne rentre indemne d’une telle expérience. Ce que nous avons vu, entendu, partagé, nous accompagne dura blement. Les difficultés sont immenses, mais la dignité, la foi, la résilience des familles chrétiennes du Kosovo le sont tout autant.
Un convoi tellement humain
Au fil des rencontres, une phrase revient souvent, presque toujours dite avec la même émotion : « merci de venir nous voir, de ne pas nous oublier ». Elle résume à elle seule le sens profond du convoi. Car au-delà de l’aide matérielle indispensable, notre présence a une valeur symbolique immense. Elle dit que ces familles comptent encore, que leur histoire n’est pas effacée, que leur attachement à cette terre n’est pas vain. Le convoi de Noël n’est donc pas seulement humanitaire. Il est une main tendue, un lien à consolider, des amitiés à chérir, une histoire commune à honorer. Il inscrit dans la durée une relation entre des Français et des Serbes unis par des valeurs, par une mémoire, par une fidélité partagée. Chaque année, ce lien se renforce. Nous repartons avec le sentiment d’avoir reçu autant que donné. Et avec la certitude que tant que ces liens existeront, tant que nous continuerons à venir, à écouter, à agir, personne ici ne pourra dire qu’il a été abandonné. Nous mesurons la portée de chaque don, de chaque geste, de chaque convoi. Et nous savons déjà que ce lien, tissé année après année, ne se rompra pas.






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