Entretien avec Camille, jeune bénévole : «Revenir du Kosovo et témoigner de la persécution des Chrétiens en Europe»

Entretien avec Camille, jeune bénévole : «Revenir du Kosovo et témoigner de la persécution des  Chrétiens en Europe»
Vendredi 24/01/2014 :: Communiqué

La première fois qu’elle entendait parler de Solidarité Kosovo c’était « sur les bancs de la fac». Trois ans après, c’est une bénévole aguerrie qui revient de son premier convoi humanitaire. Entretien avec Camille, jeune lyonnaise de 22 ans, étudiante en droit et bénévole chez Solidarité Kosovo.

Solidarité Kosovo : Camille, il y a trois semaines de cela, tu distribuais de l’aide humanitaire dans les enclaves chrétiennes du Kosovo-Métochie. Comment as-tu vécu cette première mission sur le terrain?

Camille : Lorsque j’ai appris que je faisais partie de l’équipe des huit bénévoles du convoi de Noël 2013, j’ai d’abord vécu cette nouvelle comme une récompense. Partir avec Solidarité Kosovo sur le terrain cela signifiait rencontrer les Serbes du Kosovo en faveur desquels j’avais dédié une bonne partie de mon temps libre depuis trois ans.
Je me rappelle qu’à la veille du départ, j’étais très impatiente et en même temps je ressentais une certaine appréhension. Étais-je suffisamment préparée ? Avec le recul, je sais aujourd’hui que la réponse est définitivement «non». Plonger dans la réalité du quotidien des Chrétiens du Kosovo, ce fut un véritable choc. L’ostracisme forcé des familles serbes condamnées à vivre dans un dénuement total et dans l’attente angoissante des prochaines persécutions qu’ils subiront …  ici ce ne sont que des mots, là-bas c’est toute la réalité de leurs vies !
Ce qui m’a beaucoup ému c’est le contraste qu’il existe entre une detresse palpable et la dignité dont ces familles font preuve. J’ai fait de nombreuses rencontres dans les douze enclaves serbes visitées. Au cours de nos distributions humanitaires, nous avons entendu les temoignages de mères de famille, de jeunes garçons, d’aînés…  tous ont enduré beaucoup de souffrances pour être restés au Kosovo et pour avoir été fidèles à leur foi. Malgré leurs conditions de vie lugubres, les Chrétiens du Kosovo sont dignes. Seul l’espoir n’a pas pu leur être pris.
Finalement moi qui au départ vivais ce convoi humanitaire comme l’aboutissement d’un travail de bénévolat, je suis revenue en France avec encore plus d’ardeur ! Les besoins restent immenses pour ceux qui, en plein cœur de l’Europe, sont persécutés pour leur foi.
 

Solidarité Kosovo : Justement, quels ont été les premiers moteurs de ton engagement ?

Camille : Je suis issue d’une famille russe de la première émigration. Le monde slave a toujours fait partie de mes centres d’intérêts. Connaissant mon attachement pour ce domaine, une amie m’a parlé de l’exposition de dessins d’enfants Serbes du Kosovo qui avait eu lieu en 2008 au Centre Culturel russe de Paris. Cette exposition avait été rendue possible grâce au dévouement d’une association française : Solidarité Kosovo. Intriguée, je me suis intéressée à son activité humanitaire et j’ai découvert avec effroi que le Kosovo-Métochie était devenu le foyer de la persécution des Chrétiens en Europe. Une persécution occultée par le monde occidental qui les a abandonnés à leur sort. Émue par leurs conditions de vie, j’ai voulu faire partie de ces Français qui ne les ont pas oubliés.


Solidarité Kosovo: Tu as évoqué l’espoir des Serbes du Kosovo, comment se manifeste-t-il sur place ?

Camille : Par la foi particulièrement. Au Kosovo, l’Église est une institution pilier dans la vie des Serbes.  Je garde en mémoire ces prêtres que nous avons rencontrés et qui portent sur leurs épaules le poids de la souffrance de leur population opprimée, qui connaissent chaque personne de chaque famille et dont les yeux débordent d’amour et de prières. Notre passage dans les monastères de Draganac et Visoki Decani a également été une expérience spirituelle bouleversante. Là-bas, l’austérité régnait sous la chape paisible d’une prière continue et intense, comme si ces moines étaient les derniers gardiens de ces martyrs, implorant le Seigneur jour et nuit de les protéger. L’Église de par son organisation, sa connaissance des besoins et son rayonnement est un partenaire de choix dans la réalisation de projets humanitaires engagés par Solidarité Kosovo. Le succès des précédents chantiers l’illustre bien.


Solidarité Kosovo : Pour conclure, as-tu une anecdote à raconter au sujet du convoi de cet hiver ?

Camille : Oui, peut-être une situation un peu plus « légère » et totalement inattendue.
Même si la Russie et la Serbie sont liées par des relations que leurs peuples qualifient de fraternelles, je ne m’attendais tout de même pas à faire la rencontre d’une journaliste russe au cours de mon séjour au Kosovo. Imaginez, c’était le 31 décembre 2013, j’étais aux côtés de sept autres bénévoles de Solidarité Kosovo en train de décharger au pied d’une église en Métochie une partie des 30m3 d’aide convoyée, lorsque je fus interviewée pour le site orthodoxe «Pravoslavie.ru» au sujet de notre action humanitaire et tout ceci en russe !
C’était une rencontre de bon augure qui réalisera, je l’espère, mon vœu pour 2014 : revenir au Kosovo-Métochie en 2014 les bras chargés d’une aide humanitaire encore plus volumineuse!